Mon premier week-end de randonnée à la montagne : découverte du Parc de la Vanoise

Première rando, première nuit en refuge, première utilisation de bâtons de trek… Beaucoup d’émerveillements, de découverte, de bonheur mais aussi d’émotions et de doutes. Je suis sortie de ma zone de confort pour découvrir la passion de ma fille, mieux la comprendre et partager cette beauté pure que seule la nature profonde et la montagne peuvent dévoiler. Pour apprendre à lâcher prise… accepter d’être guidée. Il me faudra plus de temps et d’expériences pour progresser de ce côté-là ! Mais j’ai appris sur moi. J’ai eu un besoin immédiat d’écrire sur ces deux jours de marche en altitude, pour vous mais surtout pour moi, pour ne pas oublier… Et retranscrire à chaud mes impressions et souvenirs. Le temps qui passe modifie la perception des choses. La mémoire est sélective.

Tout est parti d’une invitation de ma fille, sa passion grandissante pour la montagne. Pour que je la découvre dans « son milieu » là où elle est la plus heureuse. Pour me rassurer peut être aussi car je m’inquiète toujours de la savoir seule dans les hauteurs pendant des heures. Elle a tout organisé : le parcours de ces deux jours, les étapes, la réservation du refuge, surchargé son sac à dos pour que je ne manque de rien et que le mien soit plus léger.

Elle a tenu compte de mes limites : pas plus de 2500 m, pas de passage en crête, pas trop de sentiers en balcons, de ma peur du vide et de ma prédisposition au vertige. Mais ma fille connait mon endurance et ma bonne condition physique. Alors elle a fait un panaché de parcours déjà exigeant et par endroit « familial ». Elle s’est cassée la tête pour moi !

 

C’est ainsi qu’au matin du 23 août … Nous nous garons après Pralognan au parking des Fontanettes à 1650 m pour démarrer la marche qui doit nous mener au Col De la Vanoise dans quelques heures. Nous attaquons par le cirque de l’Arcelin, réputé plus difficile et technique que la voie classique qui est très fréquentée.

Ma fille connait mon côté « ne pas faire comme tout le monde » et veut que je découvre cette nature juste avec elle. Le sac à dos si vite enfilé que je me demande déjà comment le supporter quelques heures. Et au bout de quelques minutes, je l’oublie car il fait corps avec moi et équilibre même ma posture. Nous montons d’emblée. Elle ne m’annonce pas que nous allons prendre 1250 m de dénivelé positif dans la journée pour ne pas m’effrayer ! Ce sentier sinue entre petits ruisseaux, cailloux glissants, grosses pierres et crevasses.

Ce n’est pas l’autoroute… Elle m’apprend à reconnaitre les indices pour trouver le chemin. Pas évident du tout mais je comprends et je demande à passer devant pour trouver par moi-même. J’apprends ainsi ce qu’est un cairn, un chemin officiel ou pas… Et ça monte, monte, monte… Nous progressons lentement. Je ne me plains pas trop. La nature, les parfums, les bruits d’eau, le son du vent et des oiseaux me ravissent en tous points. Je me nourris de l’environnement, je suis béate alors je ne ressens pas la fatigue. Je suis heureuse d’être avec ELLE qui m’initie. Il faut qu’elle soit fière de moi car elle s’est tant investie

Mais j’ai accepté que mes enfants s’occupent de moi… Alors cette rando a une valeur plus que symbolique. Nous avançons, avançons… parfois je mets les mains au sol pour passer où m’assurer. Je me surprends à aimer çà ! Pas de vide, ni précipice autour de moi, donc tout va bien pour l’instant. La bonne surprise c’est que mon rythme cardiaque reste étonnement bas… Chouette je respire bien en montant ! Au bout de deux heures ou plus… Nous parvenons au mont Moriond (2298M) avec un plateau dégagé et une vue superbe sur d’autres sommets comme Grande Casse. Et là Laura me dit « viens on peut encore monter pour avoir un plus beau panorama »… Heu mais je vois plus trop de passage possible ma fille ! Si Si maman passe là. Il y avait un gros rocher à franchir pour avancer et je dois avoir les jambes trop courtes ou les bras trop mous (sûrement les deux) mais je n’ai jamais réussi à me hisser. Attends-moi quelques minutes, je vais faire une photo plus haut et je redescends !

(Le fameux point culminant du Mont Moriond)

Je me retrouve seule devant ces montagnes inconnues… Les minutes me semblent des heures. Je suis confortable sur l’herbe mais pourquoi me manque-t-elle tant ! Pourquoi je ne la vois plus ? Pourquoi elle ne redescend pas ? C’est un cri que j’entends au loin ?! Est-ce que j’hallucine ? Et l’émotion qui monte… J’ai peur. Je suis désemparée et si elle avait eu un problème ? Je me relève en pleurant… Et comme dans une plainte sourde et honteuse je crie « Laura ! Laura ! » Et une randonneuse surgit de nulle part et voyant mon désarroi me lance « vous avez perdu quelqu’un ? » Oui ma fille ! Il y a une jeune fille qui descend regardez ! Sauvée elle est là ! Je ne veux plus qu’elle s’éloigne… Nous prenons notre pause repas du sac, je n’ai pas faim mais c’est pour tenir et apporter de l’énergie car nous avons encore des heures de marche.

(refuge des Barmettes)

Destination le refuge des Barmettes pour une bière dans une heure environ… La récompense. Il fait beau, le paysage est superbe. Le chemin devient plus facile vers cette étape. Nous y arrivons et je vois beaucoup de marcheurs dans cette voie ! Revoir du monde me rassure presque. La bière, la vue… Tout va bien.

Début d’après-midi, nous repartons vers le refuge du Col de la Vanoise. Les gens commencent tous à redescendre quand nous montons car c’est notre destination pour dormir. Les sentiers sont superbes et accessibles, il y a même des enfants qui montent à dos d’âne ! La traversée mythique du Lac des vaches est un vrai bonheur.

Et ça remonte encore et toujours. Je vais bien mais le bassin et les hanches commencent à grincer ! Ma fille m’a conseillé d’utiliser les bâtons de marche toute la journée et j’avais refusé car « c’est de la triche et pour les vieux ». Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ! Je vais essayer tes bâtons tiens ! Ce fut la révélation ! Un mieux-être immédiat car cela répartti les efforts. Les bras participent aussi et les bâtons permettent de mieux te hisser sans forcer. L’arrivée au refuge vers 17 h, nous permet de poser nos sacs et repartir en direction du Refuge du Saut mais juste autour afin de découvrir quelques lacs faciles d’accès.

Puis découverte du Refuge du Col de La Vanoise parmi les plus grands. Il date de 1903 (mais restauré depuis). Malgré ces 94 places, il garde un esprit de chalet et refuge. J’ai adoré l’ambiance ! L’impression d’être en camp de vacances, genre colo… Les dortoirs compartimentés pour 14 personnes sont sommaires et propres. Pour 2 euros on peut prendre une douche ! Sauvée ! Du moment que je suis propre, la literie correcte et que j’ai un repas et un petit déj’…

Le repas est simple, bon et énergétique. Même menu pour tout le monde au réfectoire, la gamelle sur la table, on se sert et débarrasse. J’aime bien le principe ! Il y a des rencontres, des échanges de conseil. De la simplicité. Tout le monde est crevé de sa journée. Le refuge est calme, on n’est pas à Cannes ici !

(le style croisette : Les Crocs qu’on te prête)

A 21 h, nous sommes couchées comme la plupart des personnes. Pas de lampes de chevet, ni tralala… Ici on vient DORMIR ! Pas un mot plus haut que l’autre, on se respecte tous et aucun ronflement dans la chambrée ! Ouf ! Pour des raisons qui me sont propres et étranges… Je me suis endormie à 2 h du matin ! Réveil à 6 h 30 car le petit déj’ à 7 h 30 ! Là encore du classique mais efficace. Mais possibilité de céréales sans gluten par exemple, un détail qui peut être important à souligner pour certains. Car même à 2550 m on essaie de s’adapter un minimum à chacun.

Deuxième jour : déjà 8 h 30 et le programme est de redescendre. Laura a prévu un « détour » sinon ce serait le même chemin et trop rapidement expédié. La météo s’annonce incertaine. Risque d’orages. Pour l’instant le ciel est clair profitons-en ! Je suis de bonne humeur, j’ai adoré être réveillée par la lumière du jour, les cloches des troupeaux de brebis et le hennissement des ânes.

(vue du refuge)

Mais surtout cette couleur pourpre sur les cimes, d’une douceur infinie. Après une visite au lac de l’Assiette et une rencontre avec des marmottes, nous sommes vraiment reparties…

(direction le Lac de L’assiette)

Redescente au Lac des Vaches, comme une redécouverte, il n’y a que nous. La lumière est différente et peut être que nous aussi. Viens juste après la fameuse bifurcation que Laura m’a concoctée pour « la beauté du paysage ». Il faut rappeler qu’elle-même n’a jamais empruntée cette voie. Allez juste un crochet par le Col Rosset. C’est écrit « à 1 h ». No problème ! Cela évitera que l’on ne fasse que de la descente en ce 2ème jour…

Presque personne sur les sentiers, bizarre, bizarre ! Peut-être la météo annoncée… Nous commençons à monter sans passages trop difficiles. Mais des sentiers étroits et sinueux. Et cela me perturbe déjà plus qu’hier car je vois le vide sur le côté !

Ce n’est pas assez large pour moi. Je me sens déstabilisée mais je me tais pour l’instant. Je m’applique à regarder ou je marche, chercher les bons appuis… Respirer correctement. J’évite de regarder le paysage car cela ne m’aide pas et me donne le vertige. Je commence à râler car ces tous petits graviers qui roulent sous mes pas me déséquilibrent… Je sais que mes chaussures de run ne sont pas adaptées pour la circonstance et je suis pénalisée. Tiens il y a un couple derrière nous… Cela me rassure pour le cas où… Tiens on les voit plus ! Zut ils ont renoncé ou pris un autre sentier. Bref, nous sommes seules pour accéder au Col. Je ne devine plus le chemin, les pierres me gavent. Je passe à quatre pattes parfois. Mes pieds ne sont pas maintenus dans ces P… de baskets…Ca glisse ! Je doute de moi et de tout à ce moment-là. Laura regarde la carte et me dit : « le plus dur est fait ! Bravo ! Il y a plus de passages difficiles, tiens bon ! » Je la découvre pédagogue et patiente et je me révèle faible et râleuse. Je vois un type au loin à l’horizon comme perché sur une crête ou un plateau étroit… Je ne sais plus mais ça me semble le bout du monde et difficile ! Je dis à ma fille : «heureusement qu’on ne va pas là-bas ! Il y a de ces tarés ! » Elle a eu l’intelligence de se taire c’était mieux pour moi, car OUI on allait là-haut ! C’était le passage obligé ! Je l’ai compris plus tard…

Quelques passages raides et serrés entre les rochers. Des pierres instables et… Je m’écroule en larmes ! STOP ! Je crie, je dis des horreurs, je veux un hélico, je ne bouge plus, je suis tétanisée par la fatigue et la peur ! Ma fille reste calme heureusement ! Je ne suis pas blessée mais blasée et apeurée, on ne m’enverra pas d’hélico pour ça ! Pas le choix il faut avancer car j’ai réfléchis : rebrousser chemin sera encore plus dur car j’ai peur aussi des descentes. Ce satané col est franchi quand même, il faut redescendre de l’autre côté. D’accord mais je le fais assise quand j’ai trop peur ! Cela m’a même valu de m’assoir sur une pierre tranchante, mon coccyx s’en souvient encore.

(redescente du Col Rosset)

Puis il y a eu des passages le long de falaise, étroits et avec des cordes pour aider. Je n’ai pas aimé mais c’est passé… Puis enfin des prairies, des sentiers larges, des personnes croisées, des familles… Je revivais !

(arrivée à L’Ancolie)

Une escale au mont Bochor pour le repas pique-nique… Un ciel qui menace vraiment, plus de randonneurs qui s’aventurent dans les hauteurs… Il est temps de redescendre complètement ! Il y a la possibilité de prendre un téléphérique mais hors de question ! Je n’ai pas fait tout ça pour finir motorisée non ! La dernière partie est le sentier découverte où l’on redescend à travers la végétation et une espèce de forêt luxuriante et là … Je suis trop bien !

(Du mont Bochor aux Fontanettes par le sentier découverte )

Ca ressemble à ce que je pratique, le dénivelé des sous-bois… La nature que je connais et que j’aime aussi ! Je sens la fin arriver et je ralentis le pas… Je ne veux plus que ça s’arrête ! Pas si vite ! La pluie arrive au même moment que nous parvenons à la voiture. C’est le signe qu’il fallait arrêter.

(les panneaux à l’entrée du Parc de La Vanoise)

Une escale au village de Pralognan à la boulangerie Marmottine pour un soufflé délicieux aux myrtilles. La récompense !

Et ce retour en voiture… l’aventure est finie. Nous débriefons ces deux jours. Je la remercie car sans elle je ne l’aurais JAMAIS fait !

Elle a bien fait d’organiser ce parcours ainsi. Je ne l’aurai pas voulu autrement. Si ça avait été trop facile je ne l’aurai pas autant apprécié… Je n’aurai pas compris. Je n’aurai pas appris combien la montagne est sublime et exigeante, combien la randonnée en altitude est une sacrée discipline, combien on est petit face à la grandeur de la nature et les éléments. En montagne, il n’y a pas de place pour l’approximatif… Elle t’impose ses reliefs et sa loi.

Je sais maintenant que je referai des randos dans les alpages, de niveau familial et moyen…et avec des vraies chaussures de marche. Je ne rechercherai jamais les émotions trop fortes. Je connais ma peur du vide et mes vertiges depuis toujours, je suis vite en déséquilibre mais je le vis bien.

J’ai adoré ces deux jours, ces paysages, ces parfums… Mais je n’ai pas eu le déclic… Non Je ne vais pas m’orienter vers les courses trails en montagne ! C’est une discipline pour… D’autres ! J’ai eu la confirmation que je suis une terrienne, que j’ai besoin d’avoir mes deux pieds stables sur le sol. Mon kiff est dans les randos et courses nature dans les campagnes, vignes, vallons et forêts.

Les sommets ce n’est pas pour moi ! Aucune frustration, chacun son truc. J’ai envie d’y retourner bien sûr ! Découvrir d’autres vallées, des belles ballades… Mais je n’ai pas eu l’appel viscéral de la montagne comme ma fille. Ce n’est pas plus mal d’ailleurs. Chacun ses passions. Je vais continuer à m’inquiéter pour elle quand je la saurai « là-haut toute seule ». Cà c’est immuable car je suis comme ça. J’ai vécu deux jours merveilleux mais je ne suis pas fière de moi du tout. J’ai vu mes limites et mes faiblesses, mais j’ai été rassurée sur mon endurance et mon souffle cardiaque qui s’est bien adapté à la montagne !

Cet article n’a d’autre but que de donner mon ressenti, je n’ai aucune expérience dans le domaine. Je ne peux pas comparer avec d’autres randos, ni vous encourager ou décourager à la faire. J’ai croisé d’autres marcheurs… Plus vieux, plus jeunes que moi, des enfants même. Je ne sais pas où ils allaient tous, ni s’ils sont expérimentés, nés à la montagne, s’ils marchaient depuis une heure, 5 heures ou des jours. Peut-être qu’eux aussi ont des moments difficiles, ont rencontré des murs, on eut peur…Mais l’ont exprimé différemment de moi…

La montagne te mets face à toi. Les questions sont les tiennes, les réponses aussi. Mais s’informer avant de partir, réfléchir à l’organisation, chercher les infos… C’est la base ! MERCI LAURA !

 

Dulce.

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3 thoughts on “Mon premier week-end de randonnée à la montagne : découverte du Parc de la Vanoise

  1. Un superbe article que j’ai pris plaisir à lire .
    Une très belle aventure que vous avez vécu toute les deux ! Continuez vos aventures moi j’adore

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