La 6d Lacs : Bons baisers de La Plagne

Un dossard offert par une copine runneuse, un pari audacieux pris deux mois auparavant alors que j’étais pas en forme, je l’ai attendue, je l’ai redoutée, je l’ai bien kiffé cette 6D !

La veille 

Pas très sereine, je retrouve la veille les copains connus sur Instagram que j’ai embarqué dans cette aventure avec moi. Layla, Papa Nounouille, Lisa, ils viennent de Paris, Marseille, Toulon, et ils sont là. Pourquoi, comment, on ne sait pas comment ils accepté mon traquenard mais je suis bien contente de ne pas me présenter seule à ce retrait de dossard ce vendredi 28 juillet.

On rejoint La Plagne, on prend possession de notre logement Pierre et vacances pour les deux nuits qui arrivent, l’acclimatation se passe très très bien, cette fin d’aprèm à barboter au bord de la piscine me fait presque oublier l’objet de notre visite…

Mon amie lyonnaise Alinounou nous rejoint, la #teamcailloux est au complet, grosse ambiance, on s’enjaille, on mange des pâtes, des sojasun, café et chocolat, minuit et je m’endors facilement après avoir regardé une nouvelle fois le parcours.

JOUR J, SAMEDI 29 JUILLET 2017

J’ai pas assez dormi, mon sommeil a été agité mais je suis presque contente de stresser. Un réveil un peu avant 6h, prendre son temps et vérifier qu’on a rien oublié, partager avec les copains l’appréhension générale de se présenter vers l’inconnue de cette 6D. Je checke une dernière fois mon sac hoka, je ne sais pas pourquoi mais j’ajoute dedans à la dernière seconde…une paire de chaussettes: sans commentaire !!!

La météo est clémente, ni froid, ni chaud, les conditions sont idéales, on entre ensemble dans le sas et peu avant 8H30, un dernier selfie avec d’autres têtes amies.

LA COURSE

900 et quelques partants, ça en fait du monde pour se disperser sur les sentiers des premiers kilomètres. En milieu de peloton, je ne cherche ni à doubler ni à m’imposer, je pars plutôt lentement pour me préserver sur la durée.

Jusqu’au KM 4 : ça monte facilement, je ne regarde pas le détail du dénivelé sur ma montre, je sais que d’autres courraient à ma place, moi je marche et c’est pas grave, j’ai plus de temps pour regarder le paysage et prendre mes marques.

KM 4 : Un single, des bouchons, l’occasion idéale pour reposer la machine, je souffle, je respire, et puis c’est surtout magnifique !

KM 8 : Enfin, après cette longue montée pas si difficile jusqu’à La Roche De Mio, comme le chemin est large, les rangs se désserrent. L’ambiance à 2700m d’altitude est incroyable. Des hurlements, des autochtones qui crient nos noms, nous le bas du classement, nous sommes acclamés comme des héros, ça remonte le moral même s’il n’était pas bas !

Je suis en forme, je bois une à deux gorgées toutes les 10-15 min, j’apprends de mes erreurs passées et je trouve que jusque là j’ai bien géré car je ne me suis pas emballée et je n’ai pas peur des difficultés qui pourront arriver. Layla et Papa Nouille ne sont pas loin devant, Lisa s’est déjà volatilisée, Alinounou est derrière moi à quelques enjambées.

Du Km 8,5 au Km 11 : Une longue et belle descente assez douce. J’enrage de ne pas savoir nommer les sommets que je suis en train d’admirer.

Ce n’est pas le Mont-Blanc mais c’est époustouflant. Je prends conscience de la chance que j’ai d’avoir osé m’inscrire, la chance que j’ai de savoir que quoi qu’il arrive, je n’abandonnerai pas pour gâcher ce futur souvenir.

Je teste un peu mes jambes, je déroule et après 2km sur ce large chemin, le ravitaillement est déjà là.

Je tombe sur Layla qui nous attend, je retrouve aussi Papanouille qui faisait des aller-retours entre nous deux, Alinounou débarque aussi, gros rdv au sommet ! (ou plutôt à 2490m au Col de La Chiaupe)

 

Beaucoup de choix, des bénévoles vraiment sympa mais de mon avis rien de très original.

J’entends quelqu’un qui propose de la soupe, je trouve même pas la bénévole, et dans le buffet, je perds débilement des minutes car je ne sais pas quoi faire. Je me déshydrate vite, avec la chaleur je sais que ça peut être pire alors je recharge mes gourdes et j’avale comme une gloutonne des tucs car j’ai entendu que ce qui est salé aide à accrocher l’eau dans l’organisme. J’aurais bien aimé trouver de la charcuterie, des produits terroir atypiques, tant pis.

J’en profite pour faire des stocks et j’emporte dans ma poche un mélange homemade de noisettes, amandes et raisins secs.

Km 11 à 13: Descente en lacets plutôt raide, une fois de plus je me freine. La veille, comme j’ai étudié avec la team le parcours, je sais qu’il y a une grosse difficulté alors je garde de l’énergie pour ce qui devrait là tout de suite m’embêter.

Première erreur d’appréciation de ma part. Je ne m’en suis pas rendue compte mais je viens de perdre -500m en 2km, ce fameux Dérochoir sur lequel j’angoissais, eh ben je viens de le torcher. Je mets d’ailleurs plusieurs kilomètres à comprendre que j’attendais une difficulté que j’ai passée sans sourciller. J’ai doublé une vingtaine de coureurs dans ce dérochoir alors que j’avais enclenché le frein moteur, l’entrainement paye, je m’étonne. Le manque de confiance est évident car voilà 13 km que je suis sur ma réserve.

Du 13ème au 20 ème Les kilomètres passent très vite. Faux plats montants, descentes légères, là où d’autres relancent, j’essaye tout juste de prendre confiance. Je bois, je mange, je m’arrête pour une « pause technique » derrière un abri électrique, en enclenchant le « mode économie d’énergie » je ne prends sur ce trail que du plaisir !

Le parcours est si agréable que je fais quelques photos, je me concentre sur moi et je repense avec le sourire à toutes ses galères personnelles que j’ai accepté ou dompté avant d’arriver ici. Il faut savoir que quand Sand m’avait offert ce dossard, je ne courais plus et je traitais une nouvelle blessure alors savourer cet chance d’aller bien et me sentir si vivante : un kiff inégalable !

Une année 2017 fragile, une fin de printemps sans courir, et puis finalement une prépa très simple que j’achève par cette 6D lacs, là tout de suite, j’ai besoin de partager cette émotion et j’appelle pendant la course…ma maman.

Km 22 : erreur fatale de jugement de ma part. 

Je ne sais pas où je me suis trompée. Je ne sais pas ce que j’ai mal calculé. Je regarde ma montre et selon le parcours que j’ai étudié, je suis censée attaquer la longue dernière descente. Je sais aussi que je suis censée être allée au Col de L’Arpette sauf que que ce n’est pas arrivé. Il me manque du D+ à ma montre. Beaucoup de D+. A cet instant là, je ne comprends plus. Je m’exprime à ma voix haute ce qui a pu clocher. Tout est trop calme pour être honnête.

J’ai fait 22km, j’en suis à 3h24, des mauvais calculs de mauvaise traileuse et je devine que je vais me faire arnaquer. Je suis trop à l’économie pour faire un sub 4h, ce n’est pas réaliste et pourtant c’est ce que je m’imagine à cet instant car dans ma tête et mon souvenir, on finit par 4Km de descente.

Point d’eau, kilomètre 22

Un mauvais jugement et une bénévole qui m’induit en erreur, le destin de la fin de course à morfler va me foudroyer.

Alors que je remplis mes deux flasques de 500ml une dernière fois, la dame de l’organisation me lance « Autant d’eau alors que vous avez presque fini ?! Vous êtes sûre ?! ». Et si cette bénévole avait raison ? Et si pour une raison étrange on ne faisait plus de deuxième grosse montée ? Et si le parcours avait été modifié ? Nounouille est là, j’interprète mal une pancarte, je lui dis de filer devant, fini pour moi de prendre mon pied, je m’étais effectivement bien trompée…

Du 22 au 26,5/27 ème kilomètre. 

La 6d me rend d’un coup tout le dénivelé positif que je croyais m’être fait voler. Je prends très cher dans la tête. Je comprends cette fois que je vais vraiment me coltiner 1600d+ cumulés et que j’ai quitté le point d’eau à seulement 900 ou 1000d+ . Il en reste beaucoup.

Je me répète cette phrase malheureuse de la bénévole.

Cette montée en single n’est pas technique, cette montée ne m’effraye pas mais ce calcul raté m’empêche d’avancer. Je ne regardais pas ma montre jusqu’à maintenant, là je ne décolle plus mon regard de l’écran, les kilomètres continuent à défiler alors que les « 27 » viennent de s’afficher. J’ai envie de m’arrêter à chaque lacet. J’ai besoin de souffler et digérer que je me suis lourdement trompée. Mais qu’est ce que je fais ?!

Prise de conscience. Si je me suis économisée jusqu’à maintenant, si j’ai plus souvent marché que couru, c’est justement pour me servir MAINTENANT de tout mon jus. Ne lâche rien. Un pas de plus égal un pas de moins sur le total. Je subis. Mais c’est très très bon de subir. La course à pied et encore plus le Trail : une grande leçon d’humilité dont je ne pourrai jamais me lasser. J’en ai ras le cul et pourtant, je voudrais que ça dure.

Fausse joie. Enfin le Col de L’Arpette, Alleluia ! Et puis non. Un type qui me double commente à un autre « bientôt l’Arpette, encore 150d+ ». J’en ai marre. Juste marre. Je ne démissionne pas, je n’ai mal nulle part, je ne songe pas une seconde à abandonner mais je suis seulement… fatiguée de toutes ces incompréhensions accumulées. Le mur ?

Le sursaut. La dernière montée se mélange au parcours de la 6000D. Mon parcours croise celui de ces femmes et de ces hommes qui sont partis à 6h du mat. Qui en sont au kilomètre 44. Qui viennent de se cogner 3500 m de dénivelé. Qui ne se plaignent pas. Ils sont montés sur un glacier et moi je peste contre tout le monde alors que j’en suis à plus ou moins de leur moitié. Je me fais toute petite.

J’observe. J’analyse. Je prends du recul. Ce qui était difficile ne l’est plus. Sans parler, ces anonymes m’ont surmotivée. Je suis seulement là pour le plaisir, et j’ai justement bientôt fini.

Km 27,5 . Tant mieux si on m’a arnaqué sur les kilomètres exacts. La vérité, c’est que je le présageais comme c’était déjà arrivé lors de l’édition 2016. Je suis tout en haut. Allez, c’est presque fini.

Le finish. Je n’ai même pas envie d’accélérer alors que je la vois cette ligne d’arrivée. J’ai besoin de la regarder de loin et en profiter. Tant de choses sont en train de remonter. 4H54, 4h55, 4h56, un sourire, toute mon énergie éclate, la voilà mon arche, c’est déjà fini. 

Et alors ?

Peut-être 30,2km selon ma montre, peut-être 29 selon Strava, certainement pas 27, c’est pas grave.

2 mois à la redouter, 2 mois à la préparer (avec des courses préparatoires notamment ici à Val d’Isère, ici à Vamorel ) et sans violence, c’est « déjà » terminé. Mon chrono est moyen, mon ressenti : 10/10, l’essentiel est là : j’ai adoré !

Je n’ai mal nulle part, je ne me suis pas reblessée, le pari est relevé.

Ensuite on fait quoi ?

On mange !!!! Et une pour une croziflette format géant, c’est à L’Estaminet que je vous recommanderai d’aller, un petit boui-boui très très sympathique.

Je vais oublier, je vais retenir…

  • Les bonbons Powerbar sont mon meilleur allié pour me ravitailler .
  • Je ne suis pas prête pour la grande course de La Plagne et ses 65km/3500d+
  • Je peux m’éclater tout en ayant un mauvais classement sur les 825 finishers
  • Mathieu de chez Spode fut le coach parfait pour m’accompagner dans cette prépa de trail un peu compliquée.
  • Voyage-Privé a bien failli saboter notre voyage mais Pierre et Vacances nous a in extremis sauvés.
  • Mes acolytes ont été géniaux, Lily a écrit un CR de sa propre participation sur son blog ici et Margot Dvg a réalisé un Vlog sur Youtube à voir ici 
  • Je suis sur motivée pour de prochaines aventures !
  • Je ne joue pas ma vie quand je cours alors je préfère mille fois 4h56 de plaisir à 4h30 ou moins au chrono à souffrir 😉
  • Une bonne team de bouffeurs de cailloux : LA BASE !

 

 

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14 thoughts on “La 6d Lacs : Bons baisers de La Plagne

  1. Quel chouette CR ! Et quelle belle façon de voir le trail ou la CAP en général.
    Je sais que je galère sur chaque fin de courses mais je re-signe pour un nouveau départ à chaque fois.
    On souffre mais le plaisir de l’avoir fait à la fin est ultime !

    Heureuse pour toi de lire que tu as kiffée ta course ! On le ressent dans ton CR c’est top 🙂

  2. trop top … on etait avec toi à chaque km … ta force et ton courage m impressionnent
    tu es une battante
    en deux mots (enfin un peu plus)
    vive la montagne
    vive Lyon
    vive la bouffe
    vive le sport

  3. Beau CR ma Foufou, on vit bien avec toi, plaisir, colère et frustration, mais ce qu’on retient surtout c’est LE PLAISIR !!
    J’imagine sans mal à quel point tu as dû être énervée quand tu t’es rendu compte de ton erreur …. mais tu as des réserves mentales et physiques insoupçonnables et insoupçonnées !!

    Bravo à toi pour cette belle course qui te faisait tant flipper et que tu as tellement désirée.
    Le chrono n’est pas vraiment important, ça te fera une base de comparaison pour l’année prochaine :), ce que je retiens de tout ça c’est d’abord que tu es allée au bout sans avoir l’air épuisée et sans te blesser, et ensuite le plaisir que tu as pris et que tu nous transmets un peu.

    Gros bisous

    1. Je n’avais pas eu le temps de répondre avant mais merci beaucoup, beaucoup trop de love ! Bientôt ton premier CR de Trail héhéhé !

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