Tour du Mont-Blanc : Jour 6

JOUR 6 : « Ferret, Issex, Champex-Lac, Le relais d’Arpette »

Je ne me suis pas levée de la nuit pour sortir mes bouchons d’oreille de ma valise et j’aurais dû. Les irlandais énervés de la veille ont ronflé comme des porcs mais pas que… Le festival sonore est un classique de la vie en refuge qui me fait sourire quand ce sont les autres qui en parlent mais là je rigole vraiment pas. Je me réveille vers 5h, je tourne encore et encore dans mon lit en me demandant déjà comment je vais faire avec la fatigue.

Babette et Régine partent de l’hotel à 8h…en bus. Dans nos guides de randonnée il est écrit qu’on peut zapper cette étape en utilisant les transports en commun alors je leur dis au revoir mais moi je reste fidèle à la marche. Je traverse ce petit pont adorable et c’est reparti on y va !

 

Ce jour 6 est censé est facile, une sorte de transition avant des étapes plus difficiles. Le parcours se fait en vallée à traverser des villages et comme je vais perdre de l’altitude je devrais gagner en aisance sauf que je me traîne dès le début.

Je mets ça sur le compte de ma petite nuit, les irlandais pétomanes, le grand col Ferret de la veille. Je croise justement à une intersection le trio infernal et ils me provoquent : « N’avez-vous pas dormi comme dans un rêve ? Cette nuit était délicieuse ». Vieillards mais moqueurs, j’ai envie de les claquer d’être la cause de ma passivité.

Le long de la Drance, j’en prends plein les yeux mais j’en prends plein les jambes. Mon corps m’échappe aujourd’hui.

15km de faux plat descendant c’est censé être un genre de répit magique mais moi j’y arrive pas. J’ai envie de m’arrêter et m’asseoir. M’arrêter et visiter l’un de ces chalets.

M’arrêter, commander un Uber et rentrer chez moi. Mais quel genre de personne se tape 1500D+ la veille avec plaisir pour souffrir sur une voie familiale idéale aux poussettes le lendemain ???

Je me culpabilise de ne pas être bien. Mais c’est quoi « profiter » dans le fond ? Je suis censée m’émerveiller toutes les trois minutes ? Marcher avec un sourire de niaise et méditer ? J’attends de la marche des effets que je ne suis pas certaine de chercher. L’absence de difficulté technique du jour 6 est fatale à mon spleen. Je laisse le mauvais en moi me parler, cette personne du passé si dure avec elle même m’engueuler, je me sens faible mentalement alors forcément physiquement, ça bloque.

Je prends des bouffées de chaleur. Mon sac me fait mal au dos, tiens aujourd’hui j’ai trop chaud. 15km de descente et je commence à repartir en montée…

 

J’avais mal visualisé l’itinéraire sur ma carte la veille car je n’avais pas compris qu’on remontrait. Ca tombe bien car je voyais trop à mon gout la ville. Le canton du Valais est certainement très sympa mais j’ai toujours soif de montagnes.

Je croise dans un sous-bois Khuom la sud-coréenne. Partie 1h plus tôt de l’hôtel, je la rattrape et lui donne rdv à Champex-Lac. Je marche un peu avec elle, je la force à faire mon metteur en scène et je reprends mon propre rythme.

13H30, il est là le lac ! Il parait que l’été les suisses fréquentent cette station balnéaire et ils ont bien raison, moi je piquerais bien une tête là tout de suite après 4h de souffrance de l’extrême contre moi même et 20km.

Babette et Régine sont en terrasse d’un bar au bord du lac, mon binôme sud-coréen me rejoint, j’ai l’impression de retrouver toujours les même potes à certains points clés de mes étapes, ce qui contraste avec ces heures de marche seule. Une fondue à la tomate pour Kuhomme hilare « c’est un repas de la fromage et de la tomate ? », une croûte valaisanne pour moi, je me répare. Nous trainons deux heures au soleil, un des avantages d’avoir pensé ce tour du Mont-Blanc en dix jours. Je me sens en vacances, je suis trop bien.

Il nous reste seulement à gagner le refuge où nous avons réservé. j’utilise le pronom « NOUS » car ma binôme d’aventure dormira dans mon refuge. Les autres étaient complets, elle n’a eu le wifi nulle part alors je me suis occupée pour elle de lui trouver une place. « Demi-pension, végétarienne, nom de famille LEE », c’est la deuxième fois que je joue les tour-opérateur pour elle alors je sais ce que j’ai à faire. Ils annoncent de la pluie, je l’emmène faire du shopping, elle n’a rien prévu pour s’en prémunir, la dernière montée en sous-bois autour de Champex est magnifique…

J’ai sélectionné le Relais d’Arpette en fonction de l’étape du lendemain. En effet, cet établissement a l’emplacement rêvé pour celles et ceux qui prétendront le lendemain à la variante incontournable de « la fenêtre d’Arpette ». Selon mon topoguide, il s’agit d’un spectacle rare et inoubliable pour un randonneur mais comme il y a 7h15 de marche à se taper, il faut être logé au plus près du départ du sentier, d’où ce choix raisonné.

Je fous le bordel dans mon petit dortoir de 4 lit, je lave mes affaires à la main et profite du grand soleil dans le jardin pour étendre mon linge, le cauchemar de ma journée est oublié mais j’ai vraiment morflé.

 

19h tapantes, déjà en pyjama, Khuome m’a réservé une place en face d’elle à table sur une table déserte, olala ça fait rencard les gars ! La gentille serveuse me propose une fondue savoyarde et même si j’en rêve, je choisis l’autre menu au choix car le jour 7 s’annonce technique, long et difficile et je préfère manger équilibré.

Velouté maison, carottes râpées, purée de pommes de terre et viande, parfait pour terminer cette journée. Je discute plus posément avec mon acolyte, elle me raconte un peu qui elle est et d’où elle vient et je découvre qu’elle est infirmière à Honolulu…à Hawaï et qu’elle attend que je vienne la voir ! Cette « amitié » est improbable car je parle très mal anglais mais kühom ne se formalise pas et nos différences ne dérangent pas notre camaraderie de voyage. Alors qu’on nous sert le dessert (un sorbet au citron), la serveuse nous met en garde à propos contre la météo. Nous savons par nos livres que la fameuse variante est très difficile et déconseillé par temps pourri et justement le lendemain, ils annoncent de la pluie à partir de midi.

J’entends dans le grand réfectoire du relai d’Arpette que c’est LE sujet de tous les randonneurs du soir. Tentera ? Tentera pas ?

Il s’agit d’une variante avec passage sur des gros cailloux, comptant du dénivelé positif important et si les conditions ne sont pas réunies, pour notre sécurité à tous il faudra renoncer.

Je me couche en rêvant que la météo se trompera et stressée à l’idée de voir mon corps le lendemain à nouveau m’abandonner.

 

Mon itinéraire sur Strava : 20,3km/ 843D+

Lire le Jour 5 ici

Continuer avec le Jour 7 ici

Se renseigner sur Le relai D’arpette : ici

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3 thoughts on “Tour du Mont-Blanc : Jour 6

  1. J’aime bien le passage où tu te demandes ce que tu cherches dans la marche… non, on est pas obligé de « faire semblant » pour faire croire que l’on a apprécié chaque instant, que c’était incroyable, facile, « enrichissant » (mot à la mode…)… toutes les étapes ou moments n’ont pas été faciles, c’est ce que tu montres bien. Mais au final, tu as réussi ton « défi », personnel, ambitieux, à ton niveau. Et c’est sans doute le plus important.

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