Tour du Mont-Blanc : Jour 5

JOUR 5 : « Refuge Bertone, refuge Bonatti, Refuge Elena, grand col Ferret, la Peule, Ferret »

Je pars très tôt car cette étape s’annonce comme la plus longue de ces 10 jours. Le Refuge est vide à 8h, tout le monde part très tôt ce jour là, la météo est magnifique.

Ca part mal car je fais initialement fausse route. 30 minutes de perdues ce n’est rien mais ça n’a pas sa place les jours de très grande randonnée.

8h02 du matin, je ne cherche pas à comprendre pourquoi je me suis perdue alors que c’est bien indiqué, ce qui compte c’est que je sois sur le bon GR ( = chemin officiel de Grande Randonnée), on va dire que je suis mal réveillée car j’ai très mal dormi à cause de cette fameuse journée à venir. Je fais face à un sacré dilemme devant les panneaux. J’ai lu partout que s’il y a une seule variante à faire durant un Tour du Mont-Blanc c’est celle de la « tête Bernada » et elle s’offre à moi avec le temps idéal.

Si je choisis cette option je m’ajoute 2h30 de marche sauf que j’en ai déjà 8H15 sans pause d’après le programme. Habituellement je marche plus rapidement que les heures notées sur les panneaux mais en Italie l’échelle de valeur est différente et le randonneur est d’après eux plus rapide ici, je me méfie. Je refais mille fois mes calculs. Bernarda ou pas Bernarda ? Je reste plantée là et j’écoute la sagesse discuter avec la prise de risque dans ma tête…Je ne veux pas griller les forces que je viens tout juste de récupérer et compromettre mes jours 6 à 10. Cette variante me chauffe vraiment. Une vue panoramique sur les grandes Jorasses, un paysage fantastique, je suis certaine d’avoir le temps avant la nuit de venir à bout de ces 10H30 de randonnée si je choisie la variante.

Je reste étonnamment raisonnable. Si je ne me sens pas bien, si je me paume un peu ou si je souhaite prendre une vraie pause et déjeuner, j’aurai de la marge.

Adieu tête de Bernada en option mais le chemin initial en balcon est loin d’être dégueu. Je me réveille dans cette nature, j’en prends plein les yeux, ce sentier en balcon est absolument délicieux. Je ne m’en rends pas compte mais la matinée s’écoule très vite. Pour la première fois je ressens d’ailleurs l’envie de courir, pas de dénivelé ni difficulté technique, je me sens enfin libre et je trouve ce que je venais chercher que je n’arrive pas à nommer.

Je fais une vraie pause au Refuge Elena. Un voyageur solo de 70 ans avec une étape aussi longue que la mienne s’installe en face de moi. Il est parti sans sa femme juste pour se retrouver avec soi. Pendant qu’on échange en anglais (EN ANGLAISSSS), je déjeune des pastas italiennes à tomber par terre. Nouilles au sarrasin, bacon, épinards, bacon et fromage de pays, cette spécialité me ferait presque chavirer mais déjà je dois repartir pour 1H30 de montée jusqu’au Grand Col Ferret.

J’ai 4H30 de marche dans les pattes. Très compliqué de relancer la machine avec une montée à peine sortie de table. Je vois le sommet dès que je repars du refuge Elena, ces 1h30 vont être insupportables. Le vent se lève, C’est la tornade. Ma progression déjà lente ralentit encore. Les degrés chutent d’un coup, plus on se rapproche du sommet plus les températures sont glaciales.

Je digère mon plat sur un sentier en balcon raide mais plutôt agréable, je n’avais jamais vu ces montagnes je crois, ou alors pas comme ça. Je me concentre sur le décor autant que je peux mais j’ai surtout le regard perdu sur mes pieds, j’en chie. Comment j’ai pu dire un jour « j’adore quand ça grimpe ! ». Que je suis con putain. Et grossière. Je suis dead, on est au 5 ème jour, ce tour du Mont-Blanc bouscule beaucoup de mes habitudes.

2525m, je suis en haut de col et en 50 min finalement. Je me plains mais je garde le rythme. Personne ne m’a d’ailleurs doublé pendant cette portion. Réflexe stupide de traileuse car LA MARCHE N A RIEN A VOIR AVEC LE SPORT et je devrais m’en foutre de ma vitesse.

C’est la tempête là-haut alors je ne m’attarde pas, je suis congelée. Le temps d’une photo (ok peut-être plusieurs…) et hop je redescends.

Je regrette qu’il fasse si froid car j’aurais pu passer des heures à profiter de ce décor lunaire. Je viens de passer la frontière suisse, cette ambiance moins alpine est MAGNIFIQUE. Les couleurs me disent que c’est déjà l’automne. Je n’ai pas besoin de calendrier, la nature me le rappelle avec beaucoup de beauté.

Il y a beaucoup de monde dans cette large descente. Des VTTistes, des groupes, wouaouh c’est dingue de partager ce moment avec beaucoup de gens. Quand je marche je suis dans ma bulle comme si chaque chemin m’appartenait alors ça me fait quelque chose de partager mon univers avec ces inconnus.

7H de randonnée, pause à La Peule. J’aurais adoré réservé dans ce refuge là et m’arrêter mais il est archi complet. je le vois d’ailleurs en commandant mon verre, la terrasse inondée de soleil est bondée de celles et ceux qui ont fini leur journée, il est 16H. C’est bruyant, désagréable, tu parles d’une pause !! Je gobe mes fruits secs, et je reprends la route, nous ne sommes plus nombreux, seule je vais être heureuse.

Changement d’ambiance radical car là je ne croise tout à coup plus personne. Au départ du refuge il y avait deux sentiers et je me persuade que seule sur celui où je marche, je n’ai pas dû faire le bon choix, ça ne m’étonnerait pas. Je suis censée redescendre sur Ferret et moi je remonte en altitude ! C’est quoi ce bordel ?! Un coup rapide sur ma carte me rassure sur la destination mais pas la manière dont je vais y arriver car on dirait une sorte de variante en lacets. Un panneau m’indique plus loin « sentier des bergers ». Ok je peux me situer avec certitude et le village que je dois rejoindre est à 25min de là, parfait, je serai dans les heures sans me mettre en danger, finalement les 25 minutes qui restent sont insuffisantes pour kiffer.

J’ai déjà marché 8H30 et mon corps ou ma tête n’en ont pas assez. Le soleil décline mais je n’ai plus froid, au contraire les rayons tièdent me parcourent, c’est si doux. J’avais peur de m’être perdue mais je suis sûre de m’être trouvée. Je suis bien toute seule. Je m’asseois sur le chemin pour prolonger ma journée et je vois au loin l’hôtel où j’ai réservé. Bon allez j’y vais, demain encore j’aurai beaucoup de kilomètres à avaler…

Je rencontre Babette et Régine. Deux amies de 67 ans. Elles sont incroyables. Me parlent de leur entrainement pour l’ascension du Mont-Blanc, leurs envies d’alpinisme et leur découverte pour le ski de randonnée. Si vous me trouvez moi hyperactive, elles deux c’est pire. Seule dans cet hôtel à méditer ? Pas vraiment ! Il est complet et le diner servi à 19h réunira plein de nationalités différentes. A table justement, je me retrouve en face d’une certaine…sud coréenne, la même que la veille à Bertone !

En fait comme elle n’avait rien booké, s’imaginant qu’elle aurait le wifi pour s’en occuper durant son voyage et que ce n’est pas le cas, j’ai réservé pour elle ce soir pour pas qu’elle se retrouve coincée dehors dans la montagne. L’entraide en montagne est simple et tout à fait normale.

Le diner est une découverte de spécialités valaisannes et comme je connais peu la gastronomie suisse, je suis ravie. J’essaie de me coucher tôt car je dois récupérer de mes 9h de marche en me massant les jambes.

Arrivée dans les dernières à l’hôtel, dans ma chambre-dortoir on ne m’a pas trop laissé le choix, ma place est haut parmi l’un des lit-superposés. J’ai pas eu à me plaindre de mes colocataires les nuits précédentes mais celle-ci sera épique. Babette et Régine ne se laissent pas faire par le comportement irrespectueux de nos voisins irlandais bruyants et elles ont raison. « On a pas sommeil, on est libre, on fait ce qu’on veux ! » disent-ils. Une engueulade entre tous ces voyageurs qui ne connaissent pas éclate. Emmitouflée dans mon drap de soie et sous ma couverture, j’écoute les autres mais je m’endors vers 21h30 malgré tout, la nuit sera courte.

 

Mon parcours sur Strava : 25,3km/ 1302D+

Retrouvez mes aventures du Jour 4 ici

Lisez la suite et le Jour 6 ici 

 

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