Le plus fort

« Je suis venue chercher mes limites, je les ai trouvées là-haut à 3390 m d’altitude.
Sourire timide sur les sommets mais grande fierté sur la ligne d’arrivée, j’en ai vu de toutes les couleurs , j’y suis ARRIVÉE.
Le challenge sportif le plus foufou jamais accompli, de la douleur, de la sueur, des doutes, des coups de mou, mais finalement, quelle valeur ont-ils quand le pari est réussi ? »

Ce premier débrief commencera avec cet extrait d’un des CR dont je suis le plus fière, morceaux choisis de ce 12 juillet 2015 très symbolique.

 

Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin

Ma première course officielle remontait seulement à 7 mois,  je ne sais pas si j’étais inconsciente de prendre le départ mais avec le recul, je suis sûre que j’avais rien compris à ce que j’allais subir, à ce que j’allais NOUS faire subir car je n’étais pas seule à m’être inscrite… Le Jour J m’angoissait malgré les 10 semaines de préparation. Une bande de potes m’avait entraîné dans ce projet fou (m’abandonnant entre temps), et moi la débutante, j’avais suivi sans vraiment regarder. Floflo la fofolle rencontrée quelques temps avant via Instagram était la binôme idéale à embarquer dans ce merdier et elle s’était laissée facilement convaincre par ce défi zinzin.

(parcours détaillé encore disponible sur le site de la course )

Bon ok, on s’était quand même bien entrainées, à multiplier les sorties vallonnées, bosser le mental, travailler le volume, mais 33km et 2500D+ en altitude, quelle inconnue ! à époque j’écrivais en direct de mon SAS de départ :

« Jour J, Heure H, 7 mois que je redoute/attends cette date, FloFlo sera mon binôme pour 7h45.
Tout le monde semble mieux préparé que moi mais je ne les vois pas. Arriverai-je au bout de ces 33km ? Mes genoux survivront-ils à 2500 m de dénivelé ?
Je n’ai jamais participé à telle aventure. J’ai peur, je suis excitée, j’ai ENCORE envie de faire pipi, toutes les émotions me traversent en même temps.
Si je ne crois pas en moi, qui le fera ?
let’s go les gars ! »

#OOTD

 

Le pavé chiant à lire

Jour J à Val d’Isère, 8h30, après vérification des sacs et du matériel obligatoire (presque 4kg) nous étions 500 à prendre le départ. Je me rends même pas compte de ce que je m’apprête à vivre jusque dans les dernières secondes, mais hop on finit par partir !
12 premiers kilomètres « faciles » , on court, on marche (on MARCHE oui pas le choix quand c’est raide ), la montée jusqu’au Col des Fours presque agréable, je croise des copines et ça me donne le smile…
Ravitaillement 1 au kilomètre 15, la première descente dans la neige m’a contracté les adducteurs, je m’inquiète pour la suite, passage à vide, heureusement que je mange plein de chocolat, ça fait du bien au moral. Le plus dur arrive, on prend de l’altitude, passant de 2600m à 3400m, tout devient inédit, jamais été si haut, l’organisme resistera-t-il ? Le rythme ralentit, mes douleurs persistent, moi qui aime surtout monter, j’arrive à saturation, j’ai besoin de redescendre, le souffle est court, la tête lourde, état presque second, la beauté de L’aiguille Percé se mérite…

(aiguille Percé, 3400m d’altitude)

On voit un bouquetin qui passe par là, on oublie le temps, les bobos, je fais cette photo, on oublie le vide autour de cette crête, le chrono défile au milieu de l’immensité… et démarre la descente, l’interminable descente. Les 8km qui séparent le ravitaillement 1 du numéro 2 sont interminables, le sol est instable, je glisse, moi qui n’aime pas descendre, c’est très technique, et avançant très lentement, je panique…

14h48 au kilomètre 23, on apprend avec stupeur  en arrivant à la barrière horaire que nous sommes hors-délai… de 3minutes. On savait qu’on avait trainé, que ce serait un peu juste mais apprendre d’une bénévole que nous sommes censées être éliminées, c’est impossible à écouter. On négocie, on pleurniche, on entend dans un talkie-walkie après 10 min d’égarement moral et une confiscation du dossard que les conditions ont changé, la course peut continuer. Le grand huit dans la tête, les émotions se contredisent, toujours mal aux adducteurs, crampes aux deux pieds dans la dernière grosse montée, physiquement c’est DUR, mais mentalement je m’accroche car on a une seconde chance d’être sur la ligne d’arrivée alors on se plaint pas et on reste motivées.

Les kilomètres défilent malgré moi, dans un décor désertique les coureurs se font plus rares, mes jambes ne répondent plus mais ma tête avance. Je pense à rien, à tout, à l’après, au lendemain, FloFlo avec moi, on tient notre course on lâchera rien. 16h32 🕟, 8h02 d’épreuve, WE DID IT, ensembles, main dans la main, Altispeed ça c’est fait et c’est la fête dans ma tête… FI-NI-SHER du trail le plus haut d’Europe 😃🎉

La délivrance et le bonheur avec ma binôme

Le recul

Pourquoi commencer par ce compte-rendu et pas un autre ? Le publier maintenant ? L’expérience fut intense, le souvenir immense et même si mon chrono final est quand même dégueulasse pour le monde du trail, je suis fière de moi, de Floflo, de NOUS. Beaucoup n’osent pas la haute-montagne, j’étais la première à pas m’en croire capable et pourtant c’était incroyable ! Une aventure entre amies car de mon coté j’en avais très peu parlé, ni sur instagram ni à ma famille car je voulais pas entendre que j’avais pas le niveau ou que ce serait trop difficile.

J’y ai cru, j’ai essayé et J’Y SUIS ARRIVEE. Et c’est le dossard que je suis le plus heureuse d’avoir un jour accroché.

C’est marrant mais maintenant que je pratique mieux le trail, je suis pas sûre que je recommencerais. Trop technique, trop élevé en altitude (un pic à 3400m), cette course requiert une bonne condition physique et une rigueur dans ses sorties de préparation que je n’aurais jamais. Effort trop intense, je cois que j’ai besoin de progresser sur des formats plus courts avant de me lancer dans du plus long. 2500D+ sur 33km, j’en rigole encore d’être allée là-bas persuadée que ce serait une bonne journée de marche et pépère comme une promenade !

L’innocence a parfois du bon, j’ai ensuite aimé encore plus le running et de ce week-end à Val d’Isère je veux me rappeler toute la vie…

 

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6 thoughts on “Le plus fort

  1. Plein d’émotions m’ont traversée à la lecture de ce récit incroyable ! Quelle aventure vous avez vécue ! Tu mets les mots justes pour tout nous partager et même si je suis certaine que rien n’est véritablement retranscris et qu’il fallait y être, soyons honnête, pour pouvoir comprendre cette folie et ce bonheur d’arriver, je te remercie ! C’est de long le compte rendu qu’il m’a le plus fait vibrer dans ma vie !

    1. Olalala mais Milie Girl, tu t’es perdue ici ! Merci à toi d’avoir pris le temps de me lire, c’est vraiment trop gentil et agréable de voir quand on réussit un peu à retranscrire ce qu’on a vécu 😉 J’adore les CR car ils permettent de faire d’une certaine façon plus de courses que ce qu’il est possible de faire !

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